OCCUPATION ANARCHIQUE

Khar yallah, un No man’s land ?

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Des fruits pleins sur la table. Les  tissus des teinturiers accrochés à la corde. Les carcasses de motos abandonnées… On se croit dans un marché hebdomadaire. A khar yallah, un quartier de Grand yoff, à un jet de pierre du groupe Walfadjri, le desordre est spectaculaire. Face au laxisme des autorités locales, l’anarchie règne en reine.

 « Moi je vis ici depuis plus de dix ans ».  Nous confie Binta sans vergogne. Entourée d’une kyrielle d’enfants, en bas âge. Assise derrière sa table. Elle  regorge de mangues vertes, de bananes et des sachets de cacahuètes .Binta attend impatiemment de probables clients. De l’autre côté, une jeune maman s’active autour d’une marmite. Son petit enfant, accroché à son pagne, pleurniche. Elles sont  des guinéennes. Elles sont connue sous le nom de « Peul fouta ».Un sobriquet qu’elles acceptent sans se résignées.

C’est une baraque qui sert de lieu d’habitation. Située au bord de la route .Elle est confectionné avec des bric et broc. La toile est couverte de plastique, maintenu par un nombre important de  pierres. Qui permettent  de résister au vent .Mais pas au tempête.  « Cette baraque a été construite par mon premier épouse. Quand ses parents lui ont trouvé une seconde femme, il m’a abandonné ici avec les enfants ». confie-t-elle avec regret. Des enfants y rentrent et en  sortent en courant. Avec une insouciance inouïe . IL y a quelques mois, les autorités avaient annoncés, un probable déguerpissement des espaces publiques. Une mesure que minimise ces femmes. « La mairie ne met jamais ses menaces à exécution. Elle nous a une fois déguerpie. Une semaine plus tard, nous nous sommes réinstallées ».Raconte  Wouri, avec arrogance.

Il est de difficile de déceler sur leur  visage, le moindre signe d’inquiétude d’un probable  déguerpissement.

De l’autre côté, à quelques mètres de là, on y voit des teinturiers attroupés autour d’une bassine .Elle dégage de la vapeur et une odeur piquante de la teinture. Derrière lui, deux hommes, dégoulinants de sueur, se font face: Ils tapent à coup répété sur un Bazin .Le bruit, c’est comme une jeune fille qui écrase du piment dans un petit mortier. A la différence des «  peuls Fouta », ils n’habitent  pas ici, mais juste un lieu de travail. Confie thièmokho, un jeune Malien, qui est venu à Dakar depuis les années deux milles .Il n’est pas aussi ébranlé par ces mesures annoncées par la commune de Derklé. « Moi je détient une dizaine de notification sur un probable déguerpissement. Je n’ai jamais été inquiété. On n’a pas où aller », Lance le chef des teinturiers, le visage poupin. Sur la même rangée une dizaine de tricycles bigarrés et des carcasses de motos entassés, montrent  un décor qui pollue la vue. Certains vrombissent  leur moto, en laissant échapper  une trainée de fumée qui empêche de voir, même de près : c’est un garage mécanique. Un groupe de jeune s’affaire autour d’un moteur mis en pièce  .ils portent des habits noircis par l’huile des engins. L’emplacement facilite la clientèle .Ces jeunes ne croient pas trop au déguerpissement. « Les agents de la mairie sont tous des corrompus. Parfois il nous demande de payer des patentes. Parfois ils nous disent de quitter. On ne va nulle part, on reste ici », Lâche Gora d’une voix rauque. Il fait partie des riverains qui se plaignent du bruit émis par ces teinturiers. Modou fall, un des conseillers du maire, fustige cette situation. «Les mauvaises habitudes ont la peau dure

 Nous avons eu à confisquer les motos détruire ces baraques .Mais ces gens reviennent toujours au galop », déplore Saliou. Pour mettre fin à cette habitation spontanée, la mairie de Dieuppeul Derklé envisage d’embellir cet endroit. « Les gens pensent que un espace inoccupé à Dakar est un No man’s land », lance-t-il.

                                                            KARBA

Publié par cestiblog

Ecole de journalisme créée en 1965.

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